Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Prter
attention au malade porteur dun cancer, entendre sa parole,
tenter de comprendre ses ractions, font partie des objectifs
de la psycho-oncologie. Une spcialit qui fait une entre timide
dans lunivers ferm de la cancrologie.
lunanimit,
les malades disent se souvenir comme si ctait hier
du moment o le medecin a prononc devant eux et leur intention
le mot : cancer. Car il y a eu, il y a, il y aura toujours un
avant et un aprs cet instant. Et le manque de prcaution
qui accompagne souvent cette annonce provoque chez eux un profond
sentiment dindignation et de rvolte. Il (le medecin)
ne me regardait pas, il scrutait lcran de son ordinateur
; Ctait dans le couloir, au milieu du bruit, des alles
et venues ou entre deux portes, et il ma laiss
l sans façon ; dans son bureau, mais il ne ma
pas invite masseoir ; Il a interrompu ses explications
pour rpondre au tlphone .
Pourtant,
la façon dont le diagnostic est annonc joue un rle fondamental
dans la confiance rciproque avec laquelle soignant et soign
parcourront le chemin de la maladie. Le mot cancer,
explique le Dr Alain Salimpour, psycho-oncologue au Centre Antoine-Lacassagne
de Nice, provoque dans la vie du sujet une rupture, une cassure,
lui rappelant soudainement quil est mortel. Bien portant
jusque-l, car ne prsentant aucun symptme particulier, le sujet
devient tout coup malade, dune maladie trs charge
dans limaginaire et le fantasmatique, puisque le cancer
est une maladie insaisissable, differente des autres, et quelle
est associe lide de mort, prcise encore Alain Salimpour.
Soigner la maladie ce que font bien les cancrologues
sans tenir compte de cette souffrance psychologique et de cette
angoisse, cest passer ct du malade et des differentes
tapes qui lamneront accepter un traitement.
Ces tapes
sont schmatiquement au nombre de cinq.
Relevons dabord
la phase de sidration : la stupeur laisse sans voix,
ni force ni raction. Jen ai eu le souffle coup ;
Cest comme si le ciel me tombait sur la tte ;
un gouffre souvrait sous mes pieds , je me suis
sentie flageoler sur mes jambes, jai d masseoir .
Je nentendais rien de ce qui se disait, jtais dans
le brouillard , ajoute celui-ci. Durant cette priode, le sujet
est incapable dentendre et de comprendre les explications
que lui fournit le medecin. Ou il nen retient que ce qui
lui est audible, acceptable pour lui. De vritables incomprhensions
peuvent surgir de la mconnaissance de cette tape par les soignants
; ceux-ci estimant quils ont bien tout expliqu aux patients
; ces derniers considrant au contraire quentre le premier
et le second entretien, les propos du medecin ont chang.
La phase
dite de dni consiste refuser le diagnostic.
Non, cest impossible , a ne peut pas tre vrai ,
il (le medecin) sest tromp de dossier , dailleurs,
je nai jamais eu confiance en lui, je vais en consulter
un autre . Esprant, contre toute attente, que le diagnostic
ne sera pas confirm. Voire refusant daller plus loin dans
les investigations pour viter la confirmation de leur crainte.
La phase
de rvolte et de colre est lune des plus dures
vivre pour lentourage et les soignants. Dune part,
le malade crie sa rvolte : Pourquoi moi ? , Quest-ce
que jai bien pu faire au bon Dieu ? , Cest injuste
. Dautre part, il est vite agac, mcontent, agressif
propos de tout et de rien, furieux aprs lui-mme et aprs le
monde entier.
La phase
de depression alterne souvent avec la prcdente et nest
pas plus facile passer : Je men doutais, se plaint le
sujet, je nai jamais eu de chance. Les tuiles, a a toujours
t pour moi. Juste au moment o a commenait aller mieux
Dj quand jtais petit .
Et comme sil
fallait toujours trouver une raison linexplicable, la
phase de justification dcouvre des motifs la situation,
apaise langoisse. Avec les : Je le pressentais, je men
doutais : mes relations avec un tel, un tel, ont toujours t
tendues , Cest cause du stress au boulot
du chmage de mon divorce , commence lacceptation
de la ralit du cancer. Ces phases ne se succdent pas toujours
dans le mme ordre. Lune ou lautre peut tre exacerbe.
Mais, affirme Alain Salimpour, elles sont toujours l. Elles permettent
lorganisme de mettre en place des mcanismes de défense,
de retrouver linstinct de vie.
ne
pas culpabiliser
La connaissance
de ces tapes et le respect de leur droulement sont essentiels.
Comme est essentielle lcoute du malade tout au long de
son parcours. Parcours jalonn dpreuves, de bons et de
mauvais jours, de coups de pompe et de blues, coups despoir
et de rage de vivre.
Comme sont
prendre en considration les rpercussions sociales du cancer
: rupture de lquilibre familial, arrt de travail, aspects
financiers, contraintes domestiques. Banques et assurances mont
ferm leur porte, me refusant toute forme de prt, sinsurge
Franois Desplats, auteur de La theorie du parachute [La
theorie du parachute, de Franois Desplats, d. Anne carrire
Rcit], propos dun emprunt. Inutile de protester,
elles ne veulent rien entendre, dcidant qu quarante-sept
ans, je ne suis plus bon rien, quen tout cas je nai
plus le droit de faire des projets [ ]. La medecine ne cesse
de progresser, le taux de guerison des cancers augmente, mais
la socit, elle, persiste condamner [ ], crit Franois
Desplats.
Gurissable
le cancer ? Oui, dans un cas sur deux, ce qui nest pas rien.
Il nempche, les condamns en sursis , ceux pour qui
la maladie est devenue chronique, vivent avec une pe de Damocls
au-dessus de leur tte. La moindre toux, douleur ou fatigue les
prcipitent dans les affres de la rcidive ; une angoisse sourde
les prend quand ils sentent venir les examens de contrle qui
signaleront ou non une rechute.
Savoir
ce que le malade peut entendre et ce quil veut entendre.
Pour lui fournir une information progressive, adapte,
cohrente et non destructrice.
Terriblement
culpabilisants, les termes de rcidive et de rechute qui
soulignent la responsabilit du sujet retombant dans lornire
de la maladie. Terriblement maladroite, lattitude des proches
et des soignants qui, croyant bien faire, apostrophent le malade
: Allez, remue-toi ; Aie un peu de volont
; Vous savez, le moral, cest important , car elles
renforcent le sentiment quil est responsable de ce qui lui
arrive. Pas facile alors daffronter ladversit !
Certains malades ont besoin daide pour franchir ces tapes,
explique Alain Salimpour. Le simple fait de lgitimer leur dsarroi
ddramatise la situation. Cest le rle des psycho-oncologues
Le rle de
ces medecins est galement dinformer les soignants sur la
dimension psychologique de la maladie. Alain Salimpour a enregistr,
avec leur autorisation, des centaines de voix de malades pour
les faire couter aux soignants [Pour tout renseignement
sur la diffusion de ces cassettes vido : Comit dpartemental
de la Ligue nationale contre le cancer. Les Colombes, 61, bd Pasteur,
06000 Nice. Tl. : 04 93 62 13 02]. Il explique : Le
tact medical, cela sapprend. Il sagit de developper
une certaine empathie avec le malade, de savoir o il en est de
ses mcanismes de défense, ce quil peut entendre et ce quil
veut entendre. Pour lui fournir une information progressive, adapte,
cohrente et non destructrice.
Malheureusement,
la prsence de psycho-oncologues dans les quipes medicales se
heurte la rsistance des cancrologues. Question de partage
du pouvoir, sans doute. Question de mentalit, peut-tre. Avec
moi, les malades ne se rvoltent jamais , affirme celui-ci. Question
de stratgie therapeutique, srement, qui donne la priorit aux
rsultats plutt quaux notions juges floues de la psychologie.
Et cette aide
psychologique doit se poursuivre une fois le malade sorti. Je
me suis sentie totalement dmunie en rentrant chez moi. Car je
ne bnficiais plus du cadre rassurant de lhpital, je me
suis mise dprimer , pleure Nathalie qui est venue la permanence
Cancer et psychisme. On est lch dans la nature, tmoigne cette
personne. Ctait un samedi. Personne ne ma demand
si quelquun mattendait la maison ou si jtais
seule. Le lundi suivant, jai reu un coup de fil mannonant
que jtais en fin de droits, jai paniqu
Parfois, les
sujets considrs comme guris ont faire face une situation
dramatique : dune part, leur famille a fait un vritable
deuil leur gard, les considrant comme dj morts ; dautre
part, les medecins qui les ont soigns ne leur prtent plus attention
puisquils sont guris. Connu sous le nom de syndrome de
Lazare, ce phenomene est vcu comme une seconde condamnation difficile
surmonter.Sortir de telles preuves ne laisse pas indemne. Les
centaines de milliers de personnes qui gurissent ne seront plus
jamais comme avant. Beaucoup vivront, osons le dire, mieux quavant.
Saccrochant la vie, lessentiel plutt qu
des mesquineries. Comme le dit Franois Desplats : Le cancer
ne mempche pas de rouler mais il ma donn envie de
changer de voiture. vitesse gale, je choisis le confort et
la scurit en prime. Et je ne ddaigne plus de marrter
au bord dune nationale ou dune dpartementale pour
humer le parfum des fleurs ou mamuser regarder les vaches
qui ruminent.